L'expo

;

St. Dunstan, cours de dactylographie

©Blind Veterans UK

3. L'aide américaine : Permanent Blind Relief War Fund

Tout commence par un naufrage

Tout commence par un naufrage

Le 7 mai 1915, le RMS Lusitania, paquebot transatlantique britannique, est touché par une torpille allemande et coule au large des côtes d’Irlande. Sur 1.959 passagers et membres d’équipage, 1.198 périssent dans le naufrage, dont 128 Américains. Ce tragique événement sera utilisé comme un argument décisif pour mobiliser l’opinion publique américaine contre l’Allemagne.

Parmi les rescapés figure un couple de riches New-Yorkais, George et Cora Parsons Kessler. Lors du naufrage, George Kessler a vu la mort de près et fait le vœu que s’il survit, il se consacrera aux victimes de la guerre. Le 11 novembre 1915, les Kessler fondent à Paris le British, French, Belgian Permanent Blind Relief War Fund (Fonds de secours permanent des aveugles de guerre britanniques, français et belges). Helen Keller, célèbre conférencière sourde et aveugle, devient leur principale porte-parole.

Les fonds sont utilisés pour soutenir des services de revalidation, dont l'organisation est prise en charge par des organismes nationaux. En Belgique, c’est l’Institut des aveugles de guerre de Boitsfort, fondé et supervisé par la reine Élisabeth, qui devient la section belge de l’organisation américaine. Celle-ci se transforme en 1925 et devient l’American Braille Press for War and Civilian Blind (Presse braille américaine pour les aveugles de guerre et civils). Elle fournit alors du matériel d’impression en braille dans toute l’Europe. Plus tard, dans les années 1970, elle change à nouveau de nom et devient Helen Keller International, organisation toujours active dans le domaine de la prévention de la cécité et de la malnutrition dans le monde.


Photo d'identité de George Kessler en noir et blanc. La photographie le montre de face, en buste. Il a une barbe presque blanche, taillée en pointe et de longues moustaches poivre et sel. Le front est chauve. Il porte un lorgnon à ressort sur le nez et est vêtu d'une chemise blanche à col cassé et d'un veston de couleur sombre, avec une cravate à rayures.

George Kessler (1863-1920)

Surnommé « le roi du champagne », George Kessler possède une importante société d’importation de vin. Lors du naufrage, il manque de se noyer en tentant d'embarquer sur un canot de sauvetage. Tandis que sa femme est recueillie en France, il est hospitalisé en Angleterre. Là, il rencontre Sir Arthur Pearson, fondateur de St. Dunstan, un centre de revalidation pour soldats aveugles. Cette rencontre décide George Kessler à orienter son action en faveur des aveugles de guerre. Après sa mort, survenue à Paris en 1920, l'avocat et philanthrope new-yorkais William Nelson Cromwell (1854-1948) lui succède.
© Archives Michael Poirier, avec son aimable autorisation


Portrait photographique d'Helen Keller, en noir et blanc. Elle est photographiée en buste, assise dans un fauteuil en osier, légèrement tournée vers la droite. Nue tête, les cheveux séparés au milieu du crâne et attachés par un nœud à l'arrière, elle a les yeux mi-clos. Elle est vêtue d'une robe de couleur sombre, fermée sur la poitrine par des boutons et d'un col blanc qui lui enserre le cou. Elle tient de la main gauche un bouquet de fleurs.

Helen Keller (1880-1968)

Auteure et conférencière américaine, Helen Keller est sourde, muette et aveugle depuis l'âge de dix-huit mois. Avec l'aide d'Anne Sullivan, une éducatrice malvoyante envoyée par l’Institution Perkins pour aveugles de Boston, elle apprend à communiquer au moyen de l’alphabet manuel, à lire et à écrire en braille et même à parler. En 1904, Helen Keller obtient un titre universitaire. Son premier livre, Histoire de ma vie (1903), traduit en plus de cinquante langues, la rend mondialement célèbre. Elle publie de nombreux ouvrages et articles consacrés à son expérience, donne des conférences dans le monde entier et défend avec ferveur la cause des personnes handicapées de la vue et de l’ouïe. Dès 1913, elle milite pour l'American Foundation for the Blind. En 1915, elle fait partie du comité fondateur du Permanent Blind Relief War Fund. © Photo Bridgeman-Giraudon 


Portrait photographique d'Arthur Pearson, en noir et blanc. Il est photographié en buste, de profil à droite. Il a les cheveux gris et le front légèrement dégarni. Il est vêtu d'une chemise blanche et d'un veston de couleur sombre, avec noeud papillon à pois et une pochette. On devine sous le veston un gilet à rayures.

Arthur Pearson (1866-1921), fondateur de St. Dunstan

Sir Arthur Pearson, magnat de la presse britannique, fondateur entre autres du Daily Express, a perdu la vue en 1913 à cause du glaucome. En 1914, il devient président de la National Institution for the Blind (ancienne dénomination de l'actuel Royal National Institute of Blind People). En 1915, il crée à St. Dunstan un service de revalidation pour les soldats devenus aveugles au combat. Son objectif, novateur pour l'époque, n'est pas d'établir une institution de bienfaisance, mais un centre de formation pour permettre à ces hommes de récupérer la plus grande autonomie possible et de se réinsérer dans la société en retrouvant un emploi. L'Institut des aveugles de guerre de Boitsfort s'inspire largement de ce modèle.

L'école pour vétérans aveugles de l'armée britannique est établie dans les locaux de St. Dunstan's Lodge, une résidence au cœur de Londres, située dans Regent's Park. Les aveugles de guerre y suivent des séances de revalidation et un réapprentissage de la vie sociale dans le but de recouvrir une autonomie maximale. La formation inclut par exemple les techniques de locomotion, le braille, la dactylographie, les métiers d'art, ... L'organisation prendra plus tard le nom de Blind Veterans UK et ouvrira des succursales à Brighton, Sheffield et Llandudno (pays de Galles). Elle est toujours active de nos jours.
© Tous droits réservés par Blind Veterans UK




Photographie originale en noir et blanc. La photographie montre l'intérieur d'une grande salle en bois préfabriqué, éclairée par des fenêtres de part et d'autre et par des luminaires pendus au plafond. La salle est occupée par neuf soldats aveugles, présentés de face, la plupart en costume civil. Ils sont assis chacun à une petite table et tapent à la machine. Chacun est accompagné d'une formatrice, assise à leur gauche. Au fond de la salle, on aperçoit sur la droite une table avec plusieurs machines à écrire et sur la gauche, à l'entrée de la salle, deux militaires qui observent la scène.

St. Dunstan, cours de dactylographie (vers 1915).

La bande de tapis qui parcourt la salle n'est pas purement décorative. Elle sert en effet de guide podotactile pour les personnes aveugles. Le directeur de l'Institut des aveugles de guerre de Boitsfort, qui a visité St. Dunstan en 1919, appliquera le même système dans son propre établissement.
©Tous droits réservés par Blind Veterans UK

Le siège européen du Permanent Blind Relief War Fund à Paris

Le siège européen du Permanent Blind Relief War Fund à Paris


Photographie originale en noir et blanc. L'image montre le niveau supérieur d'une cage d'escalier, avec une balustrade en fer forgé. Sur le mur du fond est accroché un grand panneau dont le bord supérieur est cintré. Ce panneau porte une grande inscription : « Permanent Blind Relief War Fund for Soldiers and Sailors of the Allies incorporated, founded by Mr and Mrs Geo. A. Kessler. 590 Fifth Avenue, New York – European headquarters 74 rue Lauriston Paris ». En haut sont indiqués les sections des sept pays représentés avec les noms des chefs d'État qui les patronnent. À gauche sont mentionnés les noms des membres du fonds américain, à droite les institutions soutenues par lui.

Une organisation internationale
Ce tableau reprend les différentes sections de l'organisation créée par les Kessler, parrainées chacune par leurs chefs d'État respectifs. Les pays représentés sont les États-Unis d'Amérique, la Grande-Bretagne, la France, la Belgique, l'Italie, la Roumanie et la Serbie. Les services d'aide aux aveugles de guerre soutenus par le fonds sont présents dans chacun de ces pays et aussi en Pologne. En Belgique, c'est l'Institut des aveugles de guerre de Boitsfort, créé par la reine Élisabeth, qui bénéficie du soutien américain.



Siège européen du Permanent Blind Relief War Fund à Paris : atelier de composition de textes en braille. Des ouvrières aveugles fabriquent, au moyen de stéréotypeuses électriques, des clichés typographiques en zinc qui serviront à l'impression en braille. Elles suivent avec leurs écouteurs le texte enregistré sur des dictaphones à cylindres. L'homme au cheveux blancs est William Cromwell, successeur de George Kessler à la tête du Permanent Blind Relief War Fund.

© Archives du Palais royal.

Un centre d'imprimerie braille
Siège européen du Permanent Blind Relief War Fund à Paris : atelier de composition de textes en braille.
Des ouvrières aveugles fabriquent, au moyen de stéréotypeuses électriques, des clichés typographiques en zinc qui serviront à l'impression en braille. Elles suivent avec leurs écouteurs le texte enregistré sur des dictaphones à cylindres. L'homme au cheveux blancs est William Cromwell, successeur de George Kessler à la tête du Permanent Blind Relief War Fund.


Photographie originale en noir et blanc. Dans le coin d'une salle, un ouvrier-typographe aveugle, en bleu de travail, actionne une grande presse à pédale.

© Archives du Palais royal.

Siège européen du Permanent Blind Relief War Fund à Paris : atelier d'imprimerie braille. Presse Victoria spécialement adaptée pour l'impression en relief.


Un précieux allié pour la réadaptation : le braille
Les aveugles de guerre sont généralement incités à apprendre le braille. Le célèbre code tactile à six points inventé par Louis Braille est un atout manifeste pour la réinsertion professionnelle dans des métiers comme celui de dactylographe ou de téléphoniste. Toutefois, pour se distraire avec un livre, la plupart préfèrent recourir à un lecteur – ou plus souvent une lectrice – bénévole.

Carte postale photographique en noir et blanc.  En bas de la carte figure une légende : « Guerre 1914-1916 – Hôpital n° 6 – La Persagotière – Nantes. Soldats aveugles apprenant à lire en pointillé. Système Braille. (Louis Braille, professeur français aveugle, inventeur de l'écriture pointillée pour les aveugles, 1809-1852). L'écriture en Braille est enseignée à tous les soldats aveugles. On leur apprend aussi à écrire en voyant à l'aide d'un guide-main. Quelques-uns apprennent à se servir de la machine à écrire avec l'espoir de trouver un jour une place de dactylographe dans une administration. Artaud et Nozais, Nantes ». La photo montre un groupe composé de trois soldats aveugles, portant chacun un uniforme différent, assis à une table. Un enseignant en costume civil est debout à la gauche du soldat situé à gauche. Celui-ci travaille sur une tablette braille, de même que le soldat placé au centre. Le troisième, sur la droite, utilise une machine à écrire en braille de type Picht. À l'arrière-plan, sur une console, du matériel est exposé : de gauche à droite, une carte en relief de la France, une machine à écrire en braille de type Picht, un tableau de l'alphabet braille, une machine à écrire standard avec clavier en braille, une autre carte en relief de la France, une autre machine à écrire en braille de type Picht et un panneau didactique pour apprendre à écrire en braille.

Coll. privée


Lithographie en noir et blanc. Un militaire aveugle en uniforme, portant des lunettes noires, est assis dans un fauteuil en osier, les mains posées sur sa canne. À sa gauche se tient une infirmière, vêtue d'une blouse blanche et coiffée d'un voile blanc. Elle porte un insigne avec le symbole de la Croix-Rouge et les initiales U.F.F. pour « Union des femmes de France ». Tenant un livre ouvert, légèrement penchée vers le soldat, elle lui fait la lecture. En bas, à gauche, une inscription manuscrite : « Hommage à l'Union des femmes de France. M. Mahut 1917 ». L'arrière-plan est en noir.

Coll. privée

Maurice Mahut. - La lecture à l'aveugle (planche extraite de La guerre documentée, Paris, Schwarz et Cie, [1917])
Cette lithographie exécutée d'après une aquarelle du peintre et illustrateur français Maurice Mahut (1878-1929), est dédicacée à l'Union des femmes de France, société humanitaire fondée en 1881 et qui fusionnera avec deux autres pour former la Croix-Rouge française en 1940. Élève de Benjamin Constant, Mahut était spécialisé dans les illustrations militaires.